
Jodhpur, Inde - 2001
Une vie de chien... (Hommage à un poéte)
Je photographie souvent des chiens... j'ai toujours photographié des chiens. Particulièrement en Inde. Le chien n'est pas un animal domestique en Inde. Souvent il se reçoit un coup de pied, une pierre… quand ce n'est pas un rickshaw ou un autre véhicule qui lui roule dessus (volontairement dans la plupart des cas).
On peut entendre en permanence des kaikaiiiiiiii.... !!!
A Bénarés j’ai vu une chienne éventrée dans la rue, à côté d'elle essayant de survivre en agonisant au soleil, des embryons de chiots de quelques centimètres ! Dans la journée les chiens se cachent, ils trouvent un coin où ils pourront dormir sans risques. Ils sont tout étonnés lorsque vous essayez de les caresser, ils n'en ont pas l'habitude. La nuit les chiens sont rois les gens dorment. La nuit ils hurlent, ce sont de véritables concerts.
Pour aller prendre des photos, je me léve souvent en même temps que le soleil… c'est pourtant le moment le plus dangereux, car les chiens peuvent vous suivre en groupe pour vous mordre. Au crépuscule ils sont encore les rois, pour peu de temps encore !
J' ai vu de drôles de chiens ! Des sur 3 pattes, des le museau en sang, des la peau à vif, des croisés avec je ne sais quoi, des courts sur pattes et difformes…
J'ai vu des gens aussi...
J'ai vu des gens les membres atrophiés rampant dans la rue au milieu de la circulation, j'ai vu un homme mourir au milieu d'un carrefour, j'ai vu dans une cour d'un quartier populaire de Jodhpur une famille dont les enfants étaient totalement dégénérés, les visages hagards et difformes, les effets de la consanguinité sans doute ! (La cour des miracles devait ressembler à celà j’imagine), j'ai vu un homme rongé par la lèpre le visage tel un squelette, j'ai vu l'intérieur d'un hôpital...(no comment)!, j'ai vu des médecins français bénévoles couper en pleine rue, pour les soigner, des bouts d'orteils et de pieds à des mendiants atteints par la lèpre, j'ai vu un enfant marcher sur l'os du talon de son pied droit (il n'avait plus de talon), j'ai vu "élephant man" débouchant face a moi dans une ruelle sombre, la partie droite du visage normale et la partie gauche...indescriptible, j'ai vu un homme atteint "d'éléphantiasis" la circonférence d'une jambe aussi grande qu'un tronc d'arbre, J'ai vu des tas de gens...
Et j'en ai vu tant d'autres encore! Je ne prends jamais de photos de ces gens là...les chiens suffisent à nous donner un aperçu de la misère humaine.
Janvier 2004, le 24, je pars sans but réel vers le vieux Jodhpur ! Je retrouve certains lieux photographiés lors de mes précédents voyages … Je sinue dans les ruelles, je vois quelques scènes cocasses de chiens, des scènes souvent tres drôles, alors je continue à les photographier. Petit à petit je me dirige vers le quartier de Brahmani Puri, mon endroit préfèré. Des chiens, encore des chiens. Et je suis arrivé aux petits lacs de Ranisar et Padansar...sans m'en rendre compte...en me laissant porter... je suis souvent venu ici pour trouver un peu de quiétude et pour méditer…
Lors de mon premier voyage j’y ai rencontré Mr Gosh qui venait y faire ses ablutions comme tous les matins. Il m'avait expliqué que le chien qui etait à côté de lui ne lui appartenait pas, mais qu'il était toujours là lorsqu'il venait effectuer ses ablutions Il pensait que ce chien était la réincarnation de son père ! Il m’avait invité chez lui, présenté sa famille… Il m’avait ouvert les portes de sa bibliothèque, le temps de boire un thé… je l’avais ensuite photographié avec sa femme…Lors de mon second voyage, je suis retourné sur les mêmes lieux pour revoir Mr Gosh, je voulais le revoir et lui apporter une photo…mais il n'était pas comme à son habitude au bord du Lac. Toute la nuit qui a suivi j'ai entendu un chien hurler sans arrêt.... Le lendemain matin je suis encore aller frapper à la porte de Mr Gosh, me souvenant où il habitait. Là j'ai appris par son fils qu'il venait de mourir. Toute la nuit j’avais entendu un chien hurler…
24 janvier donc, j'arrive près des lacs petits lacs de Ranisar et Pandasar, sur une colline qui surplombe l'ensemble. Tout est calme et je profite de ces instants pour repenser à ce qu'il m'est arrivé de voir en Inde, des scènes souvent terribles. Une larme m’a alors coulé alors sur la joue...Puis j'ai repensé à Mr Gosh...
Les instants qui ont suivi sont à peine croyables, tout autour de moi et à divers endroits des chiens sont apparus, une vingtaine de chiens...comme ça...subitement...Et ils se sont mis à hurler...! Pendant quelques minutes... Mon corps s'est alors mis à frissonner et j'ai eu la sensation qu'une main passait dans mon dos...
Mr Gosh était poéte, un des plus grands poétes indiens….