A mesure que s’accroît le poids économique et politique du continent asiatique, sa présence sur la scène artistique internationale se fait de plus en plus sensible. Pour ne s’en tenir qu’au champ de la création photographique, son rayonnement se manifeste aussi bien par la présence massive d’artistes venus d’Extrême Orient et principalement de Chine, que par l’intérêt que lui portent des photographes occidentaux. Aussi, sans que nous l’ayons véritablement cherché, l’Est asiatique s’est trouvé au centre de la programmation de cette treizième édition du festival Chroniques Nomades puis que huit des dix expositions proposées lui sont consacrées.
La Chine bien sûr s’impose et fait l’objet de regards aussi bien français qu’autochtones. Solange Brand nous offre sa vision de la Révolution culturelle en 1966, alors qu’âgée de vingt ans elle assistait à l’émergence de cet événement historique. Bruno Delamain quant à lui nous propose de la construction du barrage des Trois Gorges un traitement très influencé par la peinture chinoise dont Yan Changjiang s’inspire également pour nous livrer une méditation sur la condition humaine à travers la mise en scène de ses « Paper men ».
Alors que cette année 2009 marque le cinquantième anniversaire du soulèvement du Tibet contre l’occupation chinoise et de l’exil du dalaï lama, nous avons souhaité proposer deux approches de la vie du peuple tibétain. Celle de Laurent Zylberman, qui relève du reportage à chaud, dresse le portrait d’un pays sous haute surveillance où deux cultures incompatibles s’opposent ; dans l’autre, plus intemporelle, influencée par la peinture classique européenne, l’artiste chinois Wang Gang propose une vision apaisée et respectueuse de l’identité tibétaine.
Le Cambodge ne pouvait qu’être présent au moment où se tient à Phnom Penh le procès longuement attendu de quelques uns des dirigeants khmers rouges et que resurgissent les fantômes d’un passé tragique. Ce sont eux, ces fantômes, que tente d’apprivoiser Isabeau de Rouffignac à l’écoute des « âmes captives » des suppliciés du camp S21 de Tuol Sleng, tandis que Laurence Leblanc évoque l’univers mental d’enfants cambodgiens hantés par les non-dits du génocide.
Percer l’identité derrière le masque de l’acteur, c’est l’entreprise paradoxale à laquelle s’est confronté Marion Gronier à travers ses portraits de comédiens et de danseurs rencontrés en Chine, au Japon et en Inde.
Enfin, deux expositions ont pour objet le voyage en tant que déplacement : celle de Gérard Dufresne qui expérimente la perception du paysage français saisi depuis un T.G.V. et celle de Patrick Mourral qui dresse un portrait des néo-nomades, jeunes marginaux qui ont fait du voyage leur idéal de vie.
Tous ces voyages, lointains ou proches, réels ou imaginaires sont autant de confrontations avec d’autres cultures, d’autres perceptions de l’espace, de la réalité, autant de tentatives pour cerner l’invisible, fouiller les apparences, les traces de l’histoire, autant d’invitations à interroger ses propres habitudes.
Claude Geiss